L'inflation des prix à la consommation a bondi à 4,2 % en mai, selon les données publiées mercredi matin par le Bureau des statistiques du travail (BLS). Le taux d'inflation annuel est passé de 2,4 % en février, avant la guerre menée par les États-Unis contre l'Iran, à 3,3 % en mars, 3,8 % en avril et atteint désormais 4,2 %, son plus haut niveau en trois ans.
Selon le ministère du Travail, les prix de l'énergie sont responsables de 60 % de cette flambée inflationniste. Le prix du fioul a augmenté de 58,9 % par rapport à mai 2025 et celui de l'essence, de 40,5 % sur la même période. Les tarifs aériens ont grimpé de 26,7 %, principalement en raison de la hausse du prix du kérosène. Au total, les prix de l'énergie ont progressé de 23,5 %.
Si le prix de l'essence a atteint en moyenne 4,56 dollars le gallon en mai, il a légèrement baissé depuis. Mais ce n'est pas seulement le prix de l'essence à la pompe qui pèse lourdement sur le niveau de vie de la classe ouvrière. Le coût des produits de première nécessité s'envole. Le prix de la viande a augmenté de 7,6 % par rapport à l'année dernière, tandis que celui des fruits et légumes a progressé de 6,1 %, principalement en raison d'une hausse de 25 % du prix des tomates. Les factures d'électricité ont augmenté de 5,9 %, les services hospitaliers, de 5,7 % et les réparations et l'entretien automobile, de 6,1 %.
L'inflation sous-jacente, qui exclut les prix volatils de l'énergie et de l'alimentation, est passée de 2,7 % en avril à 2,9 % en mai, signe que l'impact de la guerre, ainsi que des politiques tarifaires de Trump, se fait sentir dans toute l'économie américaine.
Un rapport distinct du BLS a révélé que les salaires des travailleurs ont reculé sous la hausse des prix pour le deuxième mois consécutif, l'écart passant de 0,3 % en avril à 0,7 % en mai – soit la plus forte baisse mensuelle des salaires réels depuis 2023. La seule augmentation du prix de l'essence a anéanti plus d'un an de progression salariale, ramenant les salaires réels à leur niveau d'avant l'investiture de Trump en janvier 2025. Ce chiffre sous-estime même l'impact sur les ménages de la classe ouvrière, qui consacrent une part bien plus importante de leurs revenus aux dépenses essentielles telles que l'alimentation, le loyer, les factures d'énergie, l'essence et les véhicules d'occasion.
Ce rapport sur l'inflation a été publié quelques heures seulement avant que Trump n'annonce une nouvelle série de frappes aériennes contre l'Iran, ce qui aura sans aucun doute des conséquences catastrophiques supplémentaires sur l'approvisionnement et les prix mondiaux de l'énergie. Aux États-Unis et dans le monde entier, les travailleurs paient le prix du massacre perpétré par l'armée américaine contre le peuple iranien.
Trump lui-même a souligné ce lien lors d'une conférence de presse à la Maison-Blanche, au moment de la signature d'une loi allouant 70 milliards de dollars aux opérations autoritaires de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) et des Customs and Border Patrol (CBP) pour les trois prochaines années. Interrogé sur la hausse de l'indice des prix à la consommation, il a répondu avec son mélange habituel d'indifférence, de mensonges et d'incohérence totale.
« Vous savez ce que j'aime vraiment ? J'aime l'inflation », a-t-il déclaré. « Vous savez pourquoi ? Parce que dès que cette guerre sera terminée, je peux le dire maintenant, vous savez que nous avons fait sortir des millions de barils de pétrole. Personne ne le sait. Vous savez qui ne le savait pas ? L'Iran, jusqu'à maintenant. »
Trump a affirmé que les États-Unis avaient réussi à faire passer des dizaines de pétroliers par le détroit d'Ormuz, ajoutant : « C'est pourquoi le pétrole est à 85 dollars le baril. » (En réalité, le prix est plus proche de 95 dollars, et il augmentera rapidement avec l'escalade du conflit.)
Trump a ensuite qualifié le prix de l'essence de « seul point noir » dans une économie «florissante [...] et dont le marché boursier vient d'atteindre des sommets historiques ». Alors qu'il saluait les performances de Wall Street, le marché a chuté de plus de 900 points, ravivant les craintes que la guerre et l'inflation n'empêchent la Réserve fédérale de baisser les taux d'intérêt et de fournir le crédit nécessaire au maintien de la bulle spéculative sur les marchés financiers.
Ces propos de Trump s'inscrivent dans une série de déclarations où il exprime l'indifférence de l'oligarchie des milliardaires face à l'impact de la guerre sur la population.
En avril, il a déclaré que le gouvernement devait cesser de se préoccuper de «Medicaid, Medicare, et de toutes ces choses individuelles » et se concentrer sur « une seule chose : la protection militaire ». Il entendait par là non pas la protection des travailleurs, mais celle des géants pétroliers et des immenses fortunes des ultra-riches. Interrogé le mois dernier sur l'impact de la guerre en Iran sur le coût de la vie, il a répondu : « Je ne me préoccupe pas de la situation financière des Américains. Pas le moins du monde. »
La même crise du capitalisme américain et mondial qui pousse la classe dirigeante à faire la guerre à l'étranger la conduit également à appauvrir les travailleurs aux États-Unis. Les centaines de milliards dépensés pour bombarder l'Iran, financer la guerre par procuration contre la Russie en Ukraine et alimenter la machine policière de l'ICE doivent être prélevés sur la classe ouvrière. Trump l'a déclaré ouvertement, et l'ensemble de l’élite dirigeante, démocrates et républicains confondus, partage cet avis.
Les mêmes contradictions qui poussent la classe dirigeante à la guerre poussent les travailleurs à la lutte, et ces trois derniers mois ont été marqués par une forte intensification de cette lutte de classe. Comme lors de périodes similaires par le passé, l'inflation et la baisse du niveau de vie radicalisent des millions de travailleurs et alimentent un climat de contestation grandissant dans les usines, les entrepôts et tous les lieux de travail.
L'expression la plus frappante de cette contestation est la rébellion des ouvriers de l'automobile. Chez Nexteer Automotive à Saginaw, dans le Michigan, 1 700 travailleurs ont rejeté trois ententes de principe consécutives négociées par l'UAW et ont voté à 86 % pour la grève, tandis que l'appareil syndical refuse de déclencher la grève et tente, au contraire, d’imposer un quatrième accord qui ne remet pas en cause des décennies de salaires de misère, d'intensification du travail, de suppressions d'emplois et d'exploitation brutale imposées avec la collaboration du syndicat. Mille travailleurs sont en grève à l'usine American Axle de Three Rivers, dans le Michigan.
Le dernier acte de défiance en date est le rejet écrasant, par plus de 90 % des employés, des ententes de principe dans les usines de Dana Corp. à Fort Wayne (Indiana), à Toledo (Ohio) et Kansas City.
La résistance des ouvriers de l'automobile s'inscrit dans un mouvement bien plus vaste, comprenant des grèves chez Long Island Rail Road, dans les abattoirs JBS du Colorado, chez les infirmières en Californie, au Michigan et à New York, ainsi que chez les enseignants du primaire et du secondaire et le personnel universitaire dans de nombreuses régions.
L'appareil syndical mène une opération systématique pour étouffer l'opposition des travailleurs. Le congrès constitutionnel de l'UAW s'ouvre lundi dans un contexte de trahison systématique envers les ouvriers de l'automobile. Mercredi, l'UAW a annoncé avoir conclu une entente de principe avec American Axle afin de mettre fin à la grève avant le début du congrès et d'empêcher la formation d'un mouvement unifié avec Nexteer, Dana et d'autres ouvriers de l'automobile et des pièces détachées.
L'appareil syndical dans son ensemble ne fait rien pour s'opposer à la baisse des salaires et du niveau de vie. Les travailleurs sont piégés par des conventions collectives pluriannuelles qui gèlent leurs salaires, tandis que les bureaucraties fonctionnent comme des divisions du patronat et des forces de police du travail, dirigées par des responsables privilégiés aux salaires à six chiffres.
Le Parti de l'égalité socialiste encourage la création de comités de base dans chaque entreprise, indépendants des appareils syndicaux et des deux partis patronaux, afin d'organiser une lutte pour la défense du niveau de vie, l'opposition à la guerre et la défense des droits démocratiques.
Ces comités, organisés par l'Alliance ouvrière internationale des comités de base, doivent formuler et défendre des revendications immédiates, notamment : une forte augmentation des salaires pour compenser les pertes de revenus subies pendant des décennies de stagnation et d'inflation ; l'indexation automatique de tous les salaires, pensions et prestations sociales sur le coût de la vie par une revalorisation mensuelle ; une augmentation significative des dépenses de Medicaid, Medicare et de la Sécurité sociale, contre toute réduction ; et la fin des pratiques abusives des monopoles de l'énergie et de l'alimentation.
Mais ces revendications rendent nécessaire une attaque directe contre la richesse et le pouvoir de l'oligarchie capitaliste. Les géants de l'énergie, les monopoles de l'alimentation, les banques et les institutions financières doivent être transformés en services publics, dirigés démocratiquement par la classe ouvrière. Les fortunes des milliardaires et des dirigeants d'entreprises – amassées par la guerre, la spéculation, l'exploitation et la flambée des prix – doivent être expropriées et utilisées pour répondre aux besoins sociaux les plus urgents.
La lutte contre l'inflation est indissociable de la lutte pour mettre fin à la guerre, et toutes deux exigent de briser l'emprise de l'oligarchie financière sur la vie économique. Il s'agit d'un combat politique : pour la mobilisation indépendante de la classe ouvrière contre les deux partis capitalistes, pour le pouvoir des travailleurs et pour la réorganisation socialiste de l'économie mondiale afin qu'elle serve les besoins humains et non le profit privé.
